Mercredi 16 avril 2008

  Etonnant paradoxe: alors que la folie de l'hyper- capitalisme mondialisé donne raison aux idées que la gauche a toujours défendu, les forces de progrès traversent une grave crise. Du moins en Europe. Chacun a sa petite explication. Aucune n'est vraiment convainquante.
Pour les néo-libéraux, la gauche devrait se "moderniser", se tourner vers le centre, suivre l'exemple du New labour et des démocrates américains. C'est ce qu'a fait le SPD. Longtemps, le parti s'est maintenu. Mais dés l'émergence sur sa gauche d'un concurrent vraiment menaçant, il s'est totalement effondré.
D'autres, à l'inverse, trouvent que la gauche n'est décidément pas assez à gauche. Il y a du vrai. Mais l'arguement est par trop simpliste. Si l'électorat peut entendre un discours offensif sur les dangers de la mondialisation, il reste demandeur de fermeté sur l'insécurité ou l'immigration. La gauche doit donc sur ses sujets jongler en permanence entre ses aspirations humanistes et les aspirations répressives et sécuritaires de la population. Et sur les sujets économiques et sociaux, si les dangers du néo-libéralisme sont confusément ressentis, il reste un gros travail de réflexion et de pédagogie pour proposer une véritable alternative.
La stratégie à adopter n'est pas plus  évidente. Parmi les principaux partis socialistes et sociaux-démocrates européens, un seul se porte bien: le PSOE espagnol. Mais il ne doit son succès qu'à la fossilisation d'une droite qui n'a toujours pas compris que Franco était mort. La menace que représente ce dangereux adversaire permet en outre aux amis de Zapatero d'avoir le quasi-monopole du vote de gauche. Mais  si le dirigeant espagnol libère peu à peu son pays de l'écrasante tutelle de l'église catholique la plus réac d'Europe, il ne s'attaque pas vraiment aux inégalités préoccupantes et à la pauvreté  qui touche encore de nombreux espagnols. Partout ailleurs, la social-démocratie va mal. En Allemagne, le SPD est tombé à 24% des intentions de vote, et voit son électorat  inexorablement grignoté par le parti de gauche, qui vole de succès en succès. Quand le SPD travaille avec la droite et vitupère contre Die Linke, il perd. Quand il flirte avec la formation de Gysi et Lafontaine, il perd aussi!
Les amis de Schröder, certes, n'ont que ce qu'ils méritent, et le succès du nouveau parrti de gauche est très prometteur. Mais la gauche de gauche va bientôt devoir affonter, en Allemagne aussi, la redoutable question de son rapport au pouvoir. L'électorat ne pardonne pas-on l'a vu en Italie- aux formations de la gauche alternative trop conciliantes avec les sociaux-libéraux et le "centre-gauche". Mais il attend aussi que ces partis sachent prendre leurs responsabilités, n'excluent pas automatiquement la participation au pouvoir, et ne fassent pas le jeu de l'ultra-droite. La voie est étroite...

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Mardi 15 avril 2008
Taux de croissance proche de 0, inégalités et pauvreté galopantes, ordures qui s'ammoncellent à Naples...et maintenant Berlusconi qui revient! Le résultat des élections en Italie confirme que décidément, l'Italie va bien mal. Inutile d'en remettre une couche sur l'increvable mafieux , son populisme droitier, son empire médiatique... Tout, ou presque, a été dit sur le sujet. Si vous voulez une analyse de fond du phénomène, lisez les chroniques d'Umberto Eco, parues en France voici quelques années. Cela date un peu, mais reste bien souvent pertinent, quoiqu'on ne soit pas toujours d'accord avec les parti-pris du romancier.

Il faut dire un mot, en revanche, de ce bipartisme naissant dont se gargarisent les médias. J'y vois pour ma part une signe supplémentaire de la déliquescence de l'Italie en général et de son système politique en particulier. On ne regrettera évidemment pas  le temps du morcellement et de l'instabilité, qui voyait les gouvernements valser et les groupuscules exercer un chantage permanent. Mais comment se réjouir de la disparition pure et simple de la gauche (Gauche arc en ciel), qui ne sera même plus représentée au parlement? Le parti démocrate de Veltroni n'a jamais caché qu'il n'était pas de gauche. Cette nouvelle formation se situe au centre-droit, plus près de Bayrou que de Delanoë. Mais les comparaisons ne sont pas à chercher en Europe. Le référence assumée, c'est le parti démocrate américain. Pas celui de Roosvelt ou de Kennedy, évidemment. Non, les démocrates de Clinton qui croient malin d'attaquer l'ultra-conservatisme sur son propre terrain. Cela  explique bien pourquoi le parti démocrate Italien refuse d'adhérer à l'internationale socialiste (même le New Labour de Tony Blair en fait  pourtant partie!). Encore trop progressiste pour eux, et surtout, pas assez américaine. En acceptant cette alternative mortifère entre Berlusconi et Veltroni, L'Italie nous montre à quel point elle est malade. En France, les électeurs prennent un malin plaisir à déjouer les scénarios qu'on écrit pour eux, allant jusqu'à inventer des présidentiables de toute pièce, ou éliminer le candidat du premier parti du pays. Malgré les aboiements furieux des chiens de garde de la mondialisation libérale, ils n'ont pas hésité à dire Non en 2005. Les français sont en insurrection permanente contre une certaine élite qui prétend imposer ses choix et ses intérêts au pays. Signe évident de vitalité démoratique: même désabusés, les életeurs se sentent concernés.
Les Italiens, eux, se sont comportés exactement comme l'espéraient les puissants, en instituant "l'alternance sans alternative" entre bonnet blanc et blanc bonnet. Ce comportement moutonnier révèle une démocratie moribonde.

Et bien plus encore. Jadis florissant, le cinéma italien est aujourd'hui écrasé par Hollywood. De même, les italiens adoptent le modèle politique américain. C'est toute la société qui est en voie d'asservissement culturel. Avec d'autres, la France porte la lourde responsabilité de sauver le modèle social, politique, et culturel europée, qui meurt en Italie. Pas de recette miracle pour cela, seulement un impératif: garder intacte notre capacité de révolte. En attendant, les italiens peuvent bien nous battre au foot. Si cela peut les consoler de l'état de décomposition avancée de leur société, c'est bien volontiers que, pour ma part, je leur fait cette petite concession.
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Vendredi 28 mars 2008
C'était le 6 mai 2007. On avait vu le coup arriver. Il n'en a pas moins été rude. Grosse déprime à peine amortie par la beauté des paysages provençaux sous le soleil estival. Et aujourd'hui, l'amer triomphe de ceux qui comme moi avaient prédit le pire en cas de victoire de Sarkozy. Vous avez voulu la rupture? Vous l'avez eu! Rupture avec les acquis de notre République sociale, rupture avec notre conception de la laïcité, rupture avec notre tradition d'indépendance nationale. Nouvelle illustration lors du voyage du nabot à Londres.
On met toujours du temps à bien appréhender l'ampleur des grands séismes politiques. Cela explique peut-être le caractère étonnament mesuré des réactions. Car Nicolas Sarkozy prépare rien moins que l'avènement d'une France anglo-saxonne. Le squatteur de l'Elysée prétend construire l'Europe de la défense en accédant aux désirs des Britanniques qui ne conçoivent d'Europe qu'inféodée à Washington. Déjà, pour complaire à Londres et Washington, Paris va s'enliser toujours plus dans le bourbier afghan. Et nos dirigeants se disent prêts à intégrer le commandement intégré de l'Otan. Ainsi, pensent, on pourra amadouer les britaniques et leurs amis américains, pour mieux leur faire accepter l'unification européenne. Stratégie lâche et stupide, qui fait bon marché des sentiments d'un peuple  anglais définitivement europhobe. On abandonne ainsi la proie pour l'ombre, mettant par terre en quelques mois les équilibres patiemment construit pendant des décennies. Alors qu'il faudrait ménager nos alliés allemands qui s'éloignent de plus en plus, on se paye le luxe de les délaisser au profit d'un improbable partenariat avec l'Outre-Manche. Et comme si cela ne suffisait pas, on claironne que le Royaume Uni de Mme Thatcher et de M.Blair est le modèle à suivre...
Effectivement, la révolution libérale est en marche. Des projets effrayants sont dans les cartons, que l'on va découvrir dans les semaines, les mois, et les années qui viennent. Et qu'on ne compte surtout pas sur le petit chef de l'Etat pour jouer les patelins, les doux, les modérés. Cet homme là aime la provocation. Cela l'a longtemps servi,  en le mettant au centre du jeu. Mais cela finira par le perdre. Notre pauvre peuple est si désabusé, si las, si fatigué, qu'il aurait pu l'avoir par la ruse, en sachant brouiller les cartes. Tout au contraire, notre indigne représentant se plaît à défier le sentiment profond du pays. Un pays, qui, fatalement, finira bien par trouver que c'est cher payer un moment d'égarement vite regretté. Et ce jour là...
La réaction populaire viendra. Mais en attendant, j'espère que les républicains de toute sensisibilité sauront epxrimer leur colère. Sarkozy n'est pas la France. "Qui est moins français que lui?", pourrait-on dire. Cet homme méprise ouvertement les valeurs essentielles qui ont fait le pays. Sa prétention à s'epxrimer en notre nom est insupportable, révoltante, outrageante. Il est temps de crier comme a su le faire l'Amérique éclairée en réponse à Bush: "pas en notre nom!".  
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Mardi 25 mars 2008

Connaissez-vous Denis Olivennes? Ex-patron de la FNAC, il est l'auteur d'un rapport controversé sur le téléchargement. Politiquement, cet ancien socialiste a glissé vers le libéralisme le plus dogmatique. Aboutissement logique de ce parcours: son ralliement à Nicolas Sarkozy voici quelques mois. C'est le même homme qui vient d'être nommé numéro deux du Nouvel Obs. Oui, vous avez bien lu. Le Nouvel Obs de Mendès et de Rocard va être codirigé par un ex-socialiste renégat passé à l'ultra-libéralisme et au sarkozysme! Décidément, je ne regrette pas de m'être abonné à Marianne plutôt qu'à l'Obs...

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Mardi 25 mars 2008

Mais où va le PS? Il serait, nous dit on, en voie de "radicalisation". Ou, si vous préférez, prendrait le même chemin que le parti radical de grand papa. Et de fait... En dépit de son poids militant, le parti ressemble de plus en plus à un cartel de notables de province. Plus que jamais, sa force repose sur son réseau d'élus locaux. Mais le rapprochement ne s'arrête pas là. Le parti radical était tiraillé entre une aile droite plus hostile aux communistes qu'à la droite, et une aile gauche faisant le choix inverse. La contradiction avait mis des décennies à se résoudre...par une scission. Le PS n'en est pas là. Mais il est lui aussi partagé entre des choix stratégiques opposés. Certains lorgenent vers le centre-droit . D'autres ne veulent pas  entendre parler d'une alliance avec le Modem. Certains jugent l'Europe incriticable. D'autres déplorent son glissement vers un libéralisme de plus en plus fanatique. Certains s'accomodent de la mondialisation économique et financière. D'autres en pointent les dangers.
Les points de friction sont nombreux. Mais ils se résument à un seul vrai clivage. Aucun socialiste n'a renoncé à l'objectif de juste partage des richesses matérielles et immatérielles. Mais certains considérent au fond d'eux même que, mondialisation aidant, la bataille est perdue. Il faudrait alors accepter le dictature du marché pour mieux limiter les dégâts. Pour d'autres, au contraire, tout est affaire de volonté politique, et il faut continuer le combat. Cette opposition paralyse le PS, car elle n'a jamais été assumée. Il faudrait faire sortir le débat au grand jour, mettre enfin les pieds dans le plat. Au lieu de cela, on se dirige vers un combat des chefs dénué de tout enjeu véritable en terme de débats d'idées. Tragique erreur! Car on ne peut prétendre répondre efficacement aux problèmes des français sans avoir les idées au clair sur tous ces sujets. Dans l'immédiat, le PS n'est pas menacé de déclin. Car à la différence du parti radical, il n'a pas de concurrent sérieux sur sa gauche. Les conditions pour l'émergence d'un grand parti de la gauche de transformation sociale ne semblent d'ailleurs pas réunies. Mais méfions nous: il y a incontestablement une place à prendre, et la nature politique a horreur du vide...
Quand le réveil arrivera, il sera douloureux. A la hauteur de l'illusion  entretenue d'un parti avançant vers l'hégémonie, à plus de 30% des voix! L'actuelle domination du PS est une domination par défaut. La direction du parti aurait dû entendre l'avertissement du 29 mai 2005 au lieu d'excommunier les vainqueurs. Elle ne l'a pas fait, et continue à se complaire dans ce flou artistique et la demi-mesure. 
Je n'apprécie pas les gens qui dirigent le parti et leur action. Mais je reconnais que le problème va bien au-delà de leur simple personne. Pendant toute la durée du second mandat de Jacques Chirac, les français ont manifesté avec constance leur rejet des politiques de la droite et du néo-libéralisme. Mais nous n'avons pas su empêcher l'homme de Neuilly d'emporter l'Elysée pour aggraver ces politiques. Et je suis navré de voir que nous prenons le même chemin, en nous complaisant une fois de plus dans l'autosatisfaction, en évitant soigneusement les questions qui fâchent.
Je ne me fais aucune illusion sur le prochain congrès du PS. Mais le choix se fera. J'exclus d'office les motions signées par des parlementaires qui ne sont pas opposés à la modification de la constitution préalable à la ratification du soit-disant "traité simplifié". J'attends des engagements précis sur des sujets comme l'Europe, les services publics, la protections sociale, la mondialisation, l'environnement,... Et puisqu'on parle déjà de 2012, je ferais passer le sérieux, la compétence, la fiabilité, avant la popularité médiatico-sondagière et la capacité à brasser de l'air. Vais-je devoir voter blanc pour la première fois de ma vie?

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