Etonnant paradoxe: alors que la folie de l'hyper- capitalisme mondialisé donne raison aux idées que la gauche a toujours défendu, les forces de progrès traversent une grave
crise. Du moins en Europe. Chacun a sa petite explication. Aucune n'est vraiment convainquante.
Pour les néo-libéraux, la gauche devrait se "moderniser", se tourner vers le centre, suivre l'exemple du New labour et des démocrates américains. C'est ce qu'a fait le SPD. Longtemps, le parti
s'est maintenu. Mais dés l'émergence sur sa gauche d'un concurrent vraiment menaçant, il s'est totalement effondré.
D'autres, à l'inverse, trouvent que la gauche n'est décidément pas assez à gauche. Il y a du vrai. Mais l'arguement est par trop simpliste. Si l'électorat peut entendre un discours offensif
sur les dangers de la mondialisation, il reste demandeur de fermeté sur l'insécurité ou l'immigration. La gauche doit donc sur ses sujets jongler en permanence entre ses aspirations humanistes et
les aspirations répressives et sécuritaires de la population. Et sur les sujets économiques et sociaux, si les dangers du néo-libéralisme sont confusément ressentis, il reste un gros travail de
réflexion et de pédagogie pour proposer une véritable alternative.
La stratégie à adopter n'est pas plus évidente. Parmi les principaux partis socialistes et sociaux-démocrates européens, un seul se porte bien: le PSOE espagnol. Mais il ne doit son succès
qu'à la fossilisation d'une droite qui n'a toujours pas compris que Franco était mort. La menace que représente ce dangereux adversaire permet en outre aux amis de Zapatero d'avoir le
quasi-monopole du vote de gauche. Mais si le dirigeant espagnol libère peu à peu son pays de l'écrasante tutelle de l'église catholique la plus réac d'Europe, il ne s'attaque pas
vraiment aux inégalités préoccupantes et à la pauvreté qui touche encore de nombreux espagnols. Partout ailleurs, la social-démocratie va mal. En Allemagne, le SPD est tombé à 24% des
intentions de vote, et voit son électorat inexorablement grignoté par le parti de gauche, qui vole de succès en succès. Quand le SPD travaille avec la droite et vitupère contre Die Linke,
il perd. Quand il flirte avec la formation de Gysi et Lafontaine, il perd aussi!
Les amis de Schröder, certes, n'ont que ce qu'ils méritent, et le succès du nouveau parrti de gauche est très prometteur. Mais la gauche de gauche va bientôt devoir affonter, en Allemagne
aussi, la redoutable question de son rapport au pouvoir. L'électorat ne pardonne pas-on l'a vu en Italie- aux formations de la gauche alternative trop conciliantes avec les
sociaux-libéraux et le "centre-gauche". Mais il attend aussi que ces partis sachent prendre leurs responsabilités, n'excluent pas automatiquement la participation au pouvoir, et ne fassent pas le
jeu de l'ultra-droite. La voie est étroite...